Marjorie Le Berre est une artiste de la rive. Qu’elle l’arpente, la longe, la traverse, ce motif est pour elle une métaphore de la mise en relation. Elle définit la rive comme un intervalle de contact de milieux non miscibles, le lieu du mouvement contradictoire entre mobilité et sédentarité, une métaphore de la rencontre entre deux individus, un « bord à bord » chargé d’imaginaire, concentrant enjeux sociaux et politiques.

Se définissant des trajets d’étude, l’artiste part interroger la notion d’ailleurs, recueillir les récits des individus rencontrés, s’emparer des traces laissées, glaner ce qui fera matière à un travail d’assemblage poétique. Les trajectoires qu’elle parcourt sont des fragments d’un mouvement permanent global. Elle utilise ces itinéraires pour laisser place à l’errance, à la bifurcation, à la pensée incarnée, à l’appréhension sensorielle, à l’évolution des points de vue. C’est pourquoi elle travaille librement tous les médiums avec comme dénominateur commun, l’écriture.

L’écriture intervient comme guide, qu’elle apparaisse sous forme de vidéo, d’édition, d’enregistrement sonore, pour naviguer entre les différents éléments plastiques offerts. Marjorie Le Berre dispose, construit, découpe, assemble, isole pour mettre en relation. Dessins, images, sculptures et éléments naturels cohabitent. Les installations proposées dans lesquelles le geste performatif trouve parfois sa place, sont des récits à tiroir, une transmission ramifiée de l’environnement traversé. Passant librement de la mythologie à la description du réel, des images visibles à celles invoquées, l’artiste multiplie les chemins, les points de vue pour favoriser le mélange et éviter l’approche univoque. Son travail est un jeu de pistes poétiques et réflexives où les pièces sont reliées à même l’œuvre par le spectateur.

Son approche plastique est une transposition du principe de dérive du mouvement situationniste à la rive ; une immersion dans le bruit de fond de notre environnement commun ; une forme de palimpseste où elle interroge, ce que Paul Virilio nomme « le lieu de la dynamique des fluides ».